Le 11 décembre dernier, Ouri Wesoly, publiait un article sur le site internet du Centre Communautaire Laïc
Juif (CCLJ) intitulé "Etudiants juifs: courage, fuyons!". Voici mon droit de réponse, suivi du texte de l'intéressé.
Les « Nous Autres » de Ouri Wesoly
« Etonnant, affligeant même, le peu de hardiesse de certains leaders de l’UEJB : il y a de
l’antisémitisme en Belgique ? Leur seule solution, l’émigration ! », écrit Ouri Wesoly (« Etudiants juifs : courage, fuyons ! », 11 décembre) à propos de mon
interview du 3 dernier sur les ondes de Radio Judaïca.
Et, plus loin, « face à l’adversité, M. Lévy courbe la tête et fait ses valises ? Nous n’avons pas
cette mentalité de Juifs de ghetto, nous autres. L’antisémitisme (et les autres racismes), nous les combattons, ici et maintenant. »
Séduisante posture !
Sauf que ces « Nous Autres » au nom desquels parle M. Wesoly :
- saluent le courage des capitaines courageux des flottilles qui tentaient de forcer le blocus maritime
israélien de Gaza au bénéfice d’une organisation terroriste et antisémite et de ses complices turcs de l’AKP ;
- appellent à signer l’Appel à la Raison de JCall qui désigne Israël comme seul responsable de
l’impasse dans laquelle le double discours et le maximalisme palestiniens ont largement contribué à conduire le conflit israélo-arabe ;
- cautionnent le lien entre la solution du conflit israélo-palestinien et celle du problème posé par les
ambitions nucléaires de l’Iran même après que WikiLeaks ait révélé l’exhortation des régimes sunnites de la région à traiter radicalement cette menace sans attendre de progrès préalable
sur la question palestinienne ;
- déclarent les Juifs plus heureux en Belgique qu’un roi en France pendant que, avec leurs amis politiques,
défilent sous leurs fenêtres des dizaines de milliers de manifestants fustigeant Israël dont nombre d’entre eux hurlent impunément « Mort aux Juifs » ;
- regardent leurs chaussures lorsque ces mêmes amis politiques appellent à traduire les dirigeants israéliens en
justice pour le crime d’user de leur droit à la légitime défense, mettent au compte des Juifs les ratés de l’intégration des dernières vagues de l’immigration ou disent du sionisme qu’il est une
forme de racisme et d’extrémisme ;
- déroulent le tapis rouge à l’homme qui pourrait bien avoir accrédité l’imposture antisémite la plus obscène de
ce nouveau siècle mais dédaignent celui qui a pourtant gagné au tribunal le droit de dire de son reportage sur la mort de Mohamed Al Douraqu’il est une mise en scène
grossière ;
- préfèrent en somme les mythes aux faits et le copinage à la vérité, et privilégient le « courage,
fuyons ! » à l’invitation de l’UEJB à débattre de ce qui s’est réellement passé le 30 septembre 2000, au motif que la controverse de Netzarim serait une
« chamaillerie » et une « chicane » sans importance.
Non, probablement, « la Belgique n’est pas antisémite ». Peut-être n’est-elle « même pas
antisioniste » et n’use-t-elle que de son droit, parfaitement légitime, de critiquer « la politique du gouvernement israélien actuel ».
De plus, l’antisémitisme y est un délit même si, dans la réalité, la loi n’envisage de sanctionner que ses
manifestations les plus odieuses.
Mais la légitimation de l’antisionisme, soit la négation du droit à l’autodétermination du peuple juif, est si
prégnante désormais dans notre espace public que passe pour indécente la dénonciation du caractère discriminatoire du refus d’étendre aux Juifs un droit validé pour tous les autres
peuples.
Il faut alors une tout autre vigilance que celle des « Nous Autres » de M. Wesoly pour déceler
l’évidente veine antisémite dans le verbe de ceux qui usent de ce droit imprescriptible à la critique comme d’un passe-droit pour leurs délires illicites, et s’affranchir autrement de
« cette mentalité de Juifs de ghetto » pour la dénoncer valablement.
« M. Levy s’imagine que notre communauté est aujourd’hui dans la même situation que les Juifs d’Allemagne en
1932 : il faudrait lui apprendre à quel point la République de Weimar était faible et assaillie par de puissants partis extrémistes », écrit encore M. Wesoly.
Sauf que Joël Kotek, directeur de la revue Regards, avouait fin octobre sur Radio Judaïca et dans un quotidien de
référence n’avoir pu s’« empêcher de penser aux derniers jours de la République de Weimar » quand trois policiers ont dû assurer son évacuation au terme d’une formation sur
l’antisémitisme qu’il donnait dans un de nos quartiers difficiles…
Le problème de notre permanence dans ce pays ou ailleurs en Europe tient décidément moins à la vigueur renouvelée
de l’antisémitisme qu’à la posture de ceux des Juifs qui, comme les « Nous Autres » de M. Wesoly, manquent à ce point au devoir de s’en défendre valablement et usent en prime du
sarcasme et du mépris pour railler une inquiétude pourtant exprimée, après Joël Kotek, par l’ancien commissaire européen Fritz Bolkenstein et débattue dès le lendemain au parlement
néerlandais.
Car à continuer avec les « Nous Autres » de M. Wesoly de plaider des accommodements
déraisonnables avec les artisans de la dégradation du climat dans notre pays et leurs complices par omission, ils seront plus nombreux encore les Juifs qui, à l’avenir, imiteront les 200
familles juives (peu hardies elles aussi, sans doute?) à l’avoir quitté en 2009.
Et parmi eux, une partie de la jeunesse, petite encore mais significative déjà.
Avec les « Nous Autres » de M. Wesoly pour stratèges de la lutte contre l’antisémitisme, ce serait une
faiblesse coupable, une de plus, de penser que, « en dehors de M. Levy et ses quelques amis, la jeunesse juive sera à nos côtés ».
Dan Levy
Vice-président de l’Union des Etudiants Juifs de Belgique (UEJB)
Etudiants juifs : courage, fuyons
!
Etonnant, affligeant même, le peu de hardiesse de certains leaders de l’UEJB : il y a de
l’antisémitisme en Belgique ? Leur seule solution, l’émigration !
Ce vendredi 3 décembre 2010, nombre d’auditeurs ont dû avaler leur café de travers en écoutant M. Dan Levy,
vice-président de l’UEJB (Union des Etudiants Juifs de Belgique) sur Radio Judaïca.
Il venait, déclarait-il, de découvrir l’existence d’un « tsunami d’antisémitisme sans
précédent » en Belgique. Cela n’était pas tolérable. Aussi invita-t-il tous nos jeunes à réagir avec force : il fallait prendre la fuite. (Et vite, avant que
les nazis qui nous gouvernent ne ferment les frontières…).
Visiblement, M. Levy s’imagine que notre communauté est aujourd’hui dans la même situation que les Juifs
d’Allemagne en 1932, juste avant la venue au pouvoir d’Hitler. Le détromper serait compliqué : il faudrait lui apprendre à quel point la République de Weimar était faible et assaillie
par de puissants partis extrémistes : les nazis d’un côté, les communistes de l’autre.
Alors que la Belgique d’aujourd’hui est une démocratie forte où l’extrême gauche est inexistante, l’extrême
droite francophone insignifiante et celle de Flandre en déclin. Ou que, malgré la crise, les contextes économiques sont entièrement différents. Ce n’est pas parce qu’il est étudiant
que nous devons lui donner des cours de rattrapage, tout de même.
N’essayons pas non plus de le rassurer en expliquant que, s’il y a certainement des antisémites en Belgique, la
Belgique n’est pas antisémite. Elle n’est même pas antisioniste. Elle critique la politique du gouvernement israélien actuel, ce qui est fort différent.
Passons aussi sur le fait qu’il n’est pas très filial d’abandonner ainsi ses vieux parents aux mains des hordes
barbares. Reste qu’il s’agit là d’une étrange manière de réagir, surtout chez quelqu’un d’aussi jeune.
Alors comme cela, face à l’adversité, M. Levy courbe la tête et fait ses valises ? Nous n’avons pas cette
mentalité de Juifs de ghetto, nous autres. L’antisémitisme (et les autres racismes) nous les combattons, ici et maintenant.
Et, avec le soutien de l’écrasante majorité de nos concitoyens, nous comptons bien en venir à bout. Nous
avons même la faiblesse de croire, qu’en dehors de M. Levy et ses quelques amis, la jeunesse juive sera à nos côtés.
Samedi 11 décembre 2010
Ouri Wesoly